Le criquet est un insecte phytophage, ce qui signifie qu’il se nourrit exclusivement de végétaux. Comprendre ce que mange le criquet permet de mieux cerner quelles plantes de nos jardins l’attirent, lesquelles il évite, et pourquoi certaines espèces causent des dégâts bien plus lourds que d’autres sur les cultures.
Graminées, céréales, adventices : les végétaux réellement consommés par le criquet
Tous les criquets ne mangent pas la même chose. Le spectre alimentaire varie selon l’espèce, et cette distinction change radicalement l’impact sur un jardin ou un champ.
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| Type de criquet | Régime dominant | Végétaux privilégiés | Largeur du spectre |
|---|---|---|---|
| Criquet migrateur (Locusta migratoria) | Graminées fraîches | Pâturin, dactyle, roseau, alpiste, jeunes pousses de blé ou de maïs | Relativement étroit (sténophage à modéré) |
| Criquet pèlerin (Schistocerca gregaria) | Très variable | Céréales, arbres fruitiers, feuilles diverses | Très large (euryphage) |
| Criquets de jardin (espèces locales en France) | Herbes et feuilles tendres | Graminées spontanées, pissenlit, trèfle, salade | Modéré |
Le criquet migrateur se concentre sur les graminées fraîches et les jeunes pousses. En élevage, on lui fournit du blé germé, du dactyle ou de l’épinard. Le criquet pèlerin, en revanche, présente une plasticité alimentaire beaucoup plus large : il peut passer des feuilles de céréales aux arbres fruitiers, ce qui explique sa capacité à ravager des paysages végétaux très variés lors des invasions.
Cette distinction entre espèces euryphages et sténophages est la clé pour comprendre pourquoi un criquet dans un jardin français ne constitue pas la même menace qu’un essaim de criquets pèlerins en Afrique du Nord.
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Tri actif des feuilles : pourquoi le criquet ne mange pas tout ce qui est vert
Une idée reçue tenace veut que les criquets dévorent indifféremment toute la végétation sur leur passage. La réalité est plus nuancée. Le criquet opère un tri actif avant chaque ingestion.
Avant de consommer une feuille, l’insecte la teste avec ses palpes labiaux et maxillaires. Ces organes sensoriels détectent la texture, la composition chimique de surface et la présence éventuelle de substances répulsives. Si la feuille est jugée inadaptée, le criquet la rejette et passe à une autre plante.
Végétaux généralement épargnés par les criquets
- Les plantes à latex (euphorbes, certaines asclepiadacées comme Calotropis procera) produisent des sécrétions collantes qui gênent les pièces buccales
- Les végétaux riches en alcaloïdes (solanacées sauvages, certaines renonculacées) sont détectés comme toxiques lors du test palpal
- Les feuilles coriaces ou très fibreuses posent un problème mécanique : l’appareil buccal broyeur du criquet est optimisé pour des tissus tendres, pas pour du cuir végétal
Ce comportement de sélection explique pourquoi, dans un jardin, les criquets s’attaquent d’abord aux jeunes pousses de graminées, aux salades et aux feuilles de pissenlit, tout en laissant intactes les lavandes, les romarins ou les euphorbes.
Pièces buccales de type broyeur : la mécanique qui dicte le menu
Le criquet possède un appareil buccal de type broyeur composé de mandibules puissantes, de maxilles munies de lacinia et de galéa, et d’un labre qui maintient la feuille en position. Cette architecture est conçue pour sectionner des feuilles tendres, puis les broyer avant ingestion.
En pratique, le criquet maintient la feuille sur la tranche, à proximité de la bouche, par les palpes labiaux et maxillaires. Les pattes antérieures stabilisent le végétal plus en arrière. Les mandibules découpent le tissu foliaire par mouvements latéraux, un processus rapide mais qui fonctionne mal sur des feuilles épaisses ou des tiges ligneuses.
Cette contrainte mécanique oriente le régime alimentaire vers les feuilles jeunes, souples et à faible teneur en fibres. Un gazon tondu court attire moins les criquets qu’une pelouse haute avec des graminées montées en épis, car les jeunes tiges offrent exactement la texture que leurs mandibules traitent le plus efficacement.

Quels végétaux attirent les criquets dans un jardin en France
Les espèces de criquets présentes en France métropolitaine sont majoritairement des espèces locales de taille modeste. Leur impact sur un potager reste limité comparé aux ravageurs grégaires d’Afrique, mais certaines plantes les attirent plus que d’autres.
- Les graminées spontanées (ray-grass, pâturin, fétuque) constituent la base de leur alimentation dans nos jardins
- Le pissenlit, le trèfle blanc et la luzerne sont régulièrement consommés quand les graminées se raréfient
- Les jeunes feuilles de salade, d’épinard et de haricot peuvent être grignotées si le criquet manque d’herbes fraîches à proximité
- Les céréales en bordure de champ (blé, orge, maïs au stade plantule) représentent une cible privilégiée en zone agricole
En revanche, les plantes aromatiques à forte teneur en huiles importantes (thym, romarin, sauge) et les plantes à feuillage épais ou cireux sont très rarement attaquées. Un jardin qui maintient des bordures d’aromatiques autour du potager réduit mécaniquement la probabilité que les criquets s’installent près des cultures sensibles.
Comportement solitaire ou grégaire : un facteur déterminant
En France, les criquets vivent principalement en phase solitaire. Ils se déplacent individuellement et causent des dégâts très localisés. Le passage en phase grégaire, qui déclenche les essaims dévastateurs, concerne surtout le criquet pèlerin et le criquet migrateur dans des conditions climatiques spécifiques (sécheresse suivie de pluies abondantes).
Un criquet isolé dans un jardin consomme une quantité de feuilles négligeable. Le vrai risque pour les cultures apparaît uniquement quand la densité de population augmente et que le comportement grégaire se déclenche, un phénomène qui reste exceptionnel sous nos latitudes.
Le criquet n’est pas l’ennemi systématique des jardins que l’on imagine. Sa présence traduit un milieu ensoleillé et riche en graminées, ce qui constitue plutôt un indicateur de bonne santé écologique. Les dégâts significatifs restent liés aux espèces grégaires en phase d’essaim, un scénario rare en France métropolitaine. Adapter la composition végétale de son jardin, en intégrant des aromatiques et en limitant les graminées hautes près du potager, suffit à réduire leur attrait sans recourir à aucun traitement.

